Produit exclusivement par le WEF, ce rapport est le fruit de la sagesse collective de plus de 900 leaders mondiaux et de 100 experts thématiques, issus des mondes académique, économique, gouvernemental, des organisations internationales et de la société civile. Son objectif ? Éclairer les décideurs sur les risques les plus pressants, à court comme à long terme, pour mieux planifier et se préparer.
La lecture de ce document essentiel révèle une vérité alarmante : les « forces structurelles » identifiées l’année dernière accélération technologique, changements géostratégiques, changement climatique et bifurcation démographique continuent leur avancée, rendant les risques plus complexes et plus urgents. Le monde entre dans une ère caractérisée par une instabilité accrue, des discours polarisants, une confiance érodée et une insécurité grandissante. Plus préoccupant encore, les cadres de gouvernance actuels semblent mal équipés pour faire face à ces menaces connues et émergentes. Ce rapport n’est pas seulement un constat, c’est un appel urgent à l’action concertée.
Une Méthodologie Robuste pour une Prospective Essentielle
Le rapport s’appuie principalement sur le Global Risks Perception Survey (GRPS), une enquête annuelle qui sonde la perception des risques mondiaux à trois horizons temporels distincts : l’immédiat (2025), le court-moyen terme (jusqu’en 2027) et le long terme (jusqu’en 2035). La définition d’un « risque mondial » est claire : un événement ou une condition ayant un impact négatif significatif sur une proportion importante du PIB mondial, de la population ou des ressources naturelles. Des enquêtes complémentaires, comme l’Executive Opinion Survey (EOS), permettent d’identifier les préoccupations au niveau national. Cette approche multi-temporelle et multi-acteurs confère au rapport une profondeur d’analyse indispensable.
Un Pessimisme Grandissant : L’Optimisme en Berne
Le constat général est sombre. L’optimisme est limité, et le danger d’erreur de jugement par les acteurs politiques et militaires est élevé. Une majorité des répondants (52%) anticipe un avenir « instable » (unsettled) à court terme (deux ans), et ce chiffre monte à 62% pour le long terme (10 ans), annonçant des « temps orageux » ou « turbulents ». Ce désenchantement reflète un scepticisme profond quant à la capacité des institutions actuelles à « réparer la fragilité générée par les risques ».
Les Risques à Court Terme (2025-2027) : La Réalité Dévastatrice des Crises Actuelles
Le rapport met en exergue des préoccupations immédiates qui dominent l’agenda mondial.
1. Le Conflit Étatique : Une « Récession Géopolitique » Inquiétante
Pour 2025, le risque le plus imminent est sans conteste le « Conflit armé étatique » (guerres par procuration, guerres civiles, coups d’État, terrorisme, etc.), sélectionné par 23% des répondants comme la crise matérielle la plus probable. Ce risque a grimpé de la 8e à la 1ère place en un an. La perception que les conflits pourraient s’aggraver ou se propager, notamment en Ukraine, au Moyen-Orient et au Soudan, est palpable.
• Analyse : L’érosion du multilatéralisme et ses dangers : Le rapport évoque une « récession géopolitique », caractérisée par un nombre élevé de conflits et des institutions multilatérales (comme le Conseil de sécurité de l’ONU) luttant pour une médiation efficace. Les opérations de maintien de la paix de l’ONU sont en déclin, et la perspective d’une administration américaine moins favorable à l’ONU menace d’accentuer cette tendance unilatéraliste.
• Les conséquences : Les budgets de défense ont atteint 2,4 billions de dollars en 2023, en hausse pour la neuvième année consécutive, souvent au détriment des investissements dans la santé, l’éducation et les infrastructures. L’unilatéralisme risque également de normaliser la surveillance étatique, les restrictions des libertés individuelles et la manipulation des récits, consolidant les régimes autoritaires.
• Crises humanitaires : Le déclin du financement multilatéral aggrave les crises humanitaires, avec plus de 122 millions de personnes déplacées de force, dont 75% sont accueillies dans des pays à faible revenu. Le désintérêt médiatique pour les « conflits lointains » rend les réponses coordonnées plus difficiles.
• Voies de résolution : Le rapport insiste sur le soutien aux institutions multilatérales (traités mondiaux et accords) et l’expansion du rôle des organisations régionales comme l’Union africaine pour la médiation.
2. Désinformation, Polarisation et Technologie : Le Venin Numérique
Le risque le plus grave pour 2027 est la « Désinformation et la mésinformation », pour la deuxième année consécutive, amplifiée par l’IA générative (GenAI) qui permet la production et la distribution de contenus faux ou trompeurs à grande échelle. La « Polarisation sociétale » se classe au 3e rang pour 2027.
• Analyse : L’érosion de la confiance numérique : Ces risques s’alimentent mutuellement, sapant la confiance dans l’information et les institutions. La rapidité des progrès de l’IA, combinée à une connectivité accrue et à l’augmentation de la puissance de calcul, facilite le biais algorithmique et la surveillance, menaçant la vie privée et les droits civiques. Les jeunes sont particulièrement exposés et concernés par ces risques.
• Voies de résolution : Le rapport recommande un renforcement des compétences pour les créateurs et utilisateurs d’IA afin de minimiser les biais algorithmiques, et une augmentation significative du financement pour l’alphabétisation numérique du public. Il est également crucial d’améliorer les cadres de responsabilité et de transparence, notamment par l’étiquetage des contenus générés par l’IA et l’établissement de conseils de surveillance éthique.
3. Tensions Géoéconomiques : Les Coûts du Fragmentisme Commercial
La « Confrontation géoéconomique » (sanctions, tarifs, contrôle des investissements) se classe au 3e rang pour 2025 et au 9e rang pour 2027.
• Analyse : La spirale du protectionnisme : Le nombre d’interventions politiques restrictives a explosé, passant de 600 en 2017 à plus de 3 000 par an entre 2022 et 2024. Une administration américaine entrante pourrait imposer des tarifs douaniers élevés, déclenchant des mesures de rétorsion et une fragmentation commerciale (ex: UE et Chine sur les véhicules électriques). Ce « découplage » entre l’Occident et l’Orient, s’il s’accentue, aurait des répercussions mondiales, impactant le PIB global et désavantageant particulièrement les marchés émergents et les pays à faible revenu. Les politiques industrielles, les subventions et les préoccupations de sécurité nationale accentuent cette tendance.
• Conséquences : Les coûts pour les entreprises internationales augmenteraient, les flux de données transfrontaliers seraient plus complexes. La collaboration multilatérale pour la transition verte et la santé mondiale serait entravée.
• Voies de résolution : Encourager le multilatéralisme (traités mondiaux, notamment sur la résolution des litiges commerciaux), développer des relations stratégiques régionales/bilatérales (accords « minilatéraux ») et renforcer la résilience économique nationale.
4. Risques Environnementaux : L’Urgence Climatique à Nos Portes
Les « Événements météorologiques extrêmes » sont le 2e risque le plus sévère pour 2027, et la « Pollution » se hisse au 6e rang. Ce n’est plus une menace lointaine, mais une « réalité à court terme » dont les effets deviennent de plus en plus apparents.
Les Risques à Long Terme (2035) : Le « Point de Non-Retour »
L’horizon 2035 révèle un paysage encore plus dégradé, où tous les 33 risques évalués voient leur gravité augmenter.
1. La Catastrophe Environnementale en Accélération
Les risques environnementaux dominent sans conteste le classement à 10 ans. Les « Événements météorologiques extrêmes » restent le #1, suivis par la « Perte de biodiversité et l’effondrement des écosystèmes » (#2), les « Changements critiques des systèmes terrestres » (#3) et les « Pénuries de ressources naturelles » (#4). La « Pollution » figure au 10e rang, une préoccupation majeure, surtout pour les moins de 30 ans.
• Analyse : La « Triple Crise Planétaire » et les Polluants « Sous le Radar » : Le rapport souligne le franchissement de six des neuf « limites planétaires » et l’impact inégal de la pollution sur les pays à faible et moyen revenu. Les « super polluants » à courte durée de vie (carbone noir, méthane) contribuent jusqu’à 45% du réchauffement climatique à court terme. Les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), les micro- et nanoplastiques (430 millions de tonnes de plastique/an) et les produits pharmaceutiques (résistance antimicrobienne) menacent la santé humaine et les écosystèmes. La pollution par l’azote et les déchets pourrait coûter 640 milliards USD par an d’ici 2050.
• Voies de résolution : Améliorer la surveillance, le reporting et l’évaluation (MRE), renforcer les cadres réglementaires nationaux et locaux, et débloquer des financements ambitieux pour la prévention de la pollution.
2. La Biotechnologie et l’IA : Une Boîte de Pandore Ouverte
Les « Conséquences négatives des technologies d’IA » se classent au 6e rang à 10 ans, et les « Conséquences négatives des technologies de pointe » (biotech, informatique quantique) au 23e rang, marquant une forte détérioration par rapport au court terme. Le rythme rapide des avancées technologiques est une « force structurelle ».
• Analyse : Perdre le contrôle de la Biotech ? : L’IA et l’apprentissage automatique « survitaminent » les avancées en biotechnologie, rendant les bioweapons plus faciles et moins chers à développer pour les États et les acteurs non étatiques. Des expériences ont montré qu’un système d’IA pouvait générer 40 000 composés toxiques en six heures. Les manipulations génétiques (CRISPR-Cas9) offrent des espoirs thérapeutiques mais aussi des risques cliniques et éthiques majeurs (bébés génétiquement modifiés, amélioration humaine). Les interfaces cerveau-ordinateur soulèvent des questions sur la « surveillance de la pensée » et la perte de contrôle des individus.
• Inégalités : L’accès limité aux biotechnologies de pointe aggravera les inégalités et la polarisation sociétale, avec des traitements pouvant coûter un demi-million de dollars.
• Voies de résolution : Construire un ensemble de normes mondiales et une gouvernance éthique, comme le cadre de l’OMS pour l’édition du génome humain. Il est crucial d’éduquer massivement le public sur les risques et les bénéfices de la biotech, et d’inciter les leaders du secteur à travailler avec le secteur public pour éclairer la réglementation.
3. Les Sociétés « Super-Vieillissantes » : Une Crise Démographique Mondiale
Le monde se dirige vers des sociétés « super-vieillissantes » (plus de 20% de la population > 65 ans d’ici 2035, notamment au Japon, en Corée du Sud, en Italie, en Allemagne). Cela entraîne des risques d’« Infrastructures publiques et protections sociales insuffisantes » (#24 à 10 ans) et des « Pénuries de talents et/ou de main-d’œuvre » (#2 globalement selon l’EOS).
• Analyse : La bombe à retardement des retraites et des soins : Ces sociétés feront face à des crises des systèmes de retraite et des pénuries aiguës de main-d’œuvre, en particulier dans le secteur des soins de longue durée (demande en hausse de 44% aux États-Unis d’ici 2035). Les femmes sont disproportionnellement touchées par les « pensions gaps ». Les dépenses de défense et de sécurité concurrencent les budgets sociaux.
• Implications mondiales : Les pays avec des populations jeunes (Afrique subsaharienne) risquent de voir leurs talents s’exiler vers les sociétés vieillissantes, sapant leur propre « dividende démographique » futur et créant des défis encore plus complexes à long terme.
• Voies de résolution : Encourager les politiques de travail flexible, mener des campagnes pour améliorer la santé pré-retraite et renforcer la cohésion intergénérationnelle pour éviter les conflits et maximiser les contributions de tous les âges à l’économie.
Le Caractère Inéluctable du Multilatéralisme : Un Appel à l’Action
Malgré la fragmentation croissante du monde (64% des répondants prévoient un ordre multipolaire ou fragmenté en 10 ans), le rapport insiste sur l’absence d’alternative viable aux solutions multilatérales. Les risques sont interconnectés et les solutions demandent une coopération mondiale. Les leaders doivent « saisir le bâton pour travailler ouvertement et de manière constructive », dialoguer honnêtement et agir d’urgence pour reconstruire la confiance et créer des économies et des sociétés plus résilientes.
Un Avertissement Solennel pour un Avenir Partagé
Le « Global Risks Report 2025 » est un document qui ne laisse personne indifférent. Il tisse un réseau complexe d’interdépendances, montrant comment les crises politiques, économiques, sociales, environnementales et technologiques s’alimentent mutuellement. Le sentiment d’alarme est grandissant, et la perception que nos structures de gouvernance sont défaillantes est un signal d’alarme majeur.
Ce rapport est un miroir tendu à l’humanité. Il nous dit que nous sommes à un carrefour. Les risques sont immenses, leur complexité vertigineuse, mais la capacité de l’humanité à innover et à s’adapter est tout aussi grande. L’analyse prospective est critique pour une meilleure planification. L’heure n’est plus à l’hésitation ou au repli unilatéral. C’est en faisant preuve de leadership visionnaire, en mobilisant toutes les parties prenantes et en cherchant des terrains d’entente, même dans les divisions, que nous pourrons espérer construire un avenir de paix et de prospérité durable. Le point de non-retour pour de nombreux risques approche à l’horizon 2035. Le moment d’agir, collectivement et résolument, c’est maintenant.

